L’essentiel
- Le plus grand frelon d'Europe, espèce indigène : ouvrières de 18 à 25 mm, reine jusqu'à 35 mm.
- Il capture des abeilles, mais reste en général un prédateur modéré des colonies saines ; les colonies faibles sont les plus exposées.
- Il vole aussi au crépuscule et la nuit, et il est attiré par les lumières.
- Les colonies fortes se défendent en emprisonnant le frelon dans une boule d'abeilles qui le tue par la chaleur.
- Le statut légal varie : non protégé en France, strictement protégé en Allemagne.
Le frelon européen, Vespa crabro, est la plus grande guêpe sociale indigène d’Europe centrale6. Contrairement au frelon asiatique, ce n’est pas une espèce invasive : il fait partie de la faune locale. Il capture des abeilles domestiques pour nourrir ses larves, mais il chasse surtout d’autres insectes, et son impact sur des colonies saines reste en général modéré1, 9.
Pour l’apiculteur, l’enjeu est double : protéger les colonies faibles et les nucléis en fin de saison, et ne pas confondre cette espèce utile avec le frelon asiatique, pour éviter de la détruire sans raison.
Qui est le frelon européen ?
Taille et couleurs
Les ouvrières mesurent de 18 à 25 mm, la reine jusqu’à 35 mm6, 7. Le corps est massif et poilu. La face est jaune, le thorax sombre marqué de brun-roux, l’abdomen jaune avec des dessins noirs et roux, et les ailes sont teintées de brun-roux12. Les couleurs varient d’un individu à l’autre, même au sein d’un même nid.
Répartition
L’espèce est originaire d’Eurasie12. Elle a été introduite en Amérique du Nord, où elle est signalée depuis 1840 environ dans l’État de New York, puis s’est répandue dans une grande partie de l’est des États-Unis8. Elle est absente d’Australie, où elle est considérée comme un ravageur à surveiller et doit être signalée12.
Un cycle annuel, une seule reine fondatrice
Comme chez les autres guêpes sociales d’Europe tempérée, la colonie ne vit qu’une saison6, 8.
- Printemps. La jeune reine fécondée sort de son abri d’hiver et fonde seule un nouveau nid. Elle élève seule le premier couvain.
- Début d’été. Les premières ouvrières prennent en charge la construction, la chasse et l’élevage. La reine ne sort plus.
- Fin d’été. La colonie atteint son maximum. Aux États-Unis, la taille du nid culmine vers la mi-septembre avec en général 200 à 400 ouvrières, et jusqu’à un millier dans les grands nids7.
- Automne. Le nid produit des mâles et de futures reines. Après l’accouplement, les reines fécondées partent hiverner isolées. Les ouvrières, les mâles et l’ancienne reine meurent. Le nid n’est jamais réutilisé8.
C’est donc en fin d’été et en automne, quand les besoins en protéines de la colonie sont les plus forts, que la pression sur les ruchers est la plus marquée1.
Le nid : toujours à l’abri
Le frelon européen niche dans des cavités sombres et protégées de la pluie : arbres creux, granges, abris de jardin, greniers, doubles parois, nichoirs8, 11. Le nid est souvent construit près de l’ouverture de la cavité. Son enveloppe brune, faite de fibres de bois décomposé, est épaisse mais très fragile, et le nid est ouvert vers le bas8, 11. Il est rarement suspendu à découvert, et jamais en haut des grands arbres comme les nids secondaires du frelon asiatique11.
Ce qu’il mange
Les adultes se nourrissent surtout de sève et de fruits tombés. Les larves, elles, reçoivent des insectes : mouches, guêpes, abeilles domestiques, criquets, coléoptères, chenilles, libellules. Une colonie bien développée peut capturer jusqu’à un demi-kilo d’insectes par jour6. En France, il est décrit comme un prédateur utile qui chasse surtout des mouches, et beaucoup plus rarement des abeilles11.
En laboratoire pourtant, le frelon européen comme le frelon asiatique préfèrent nettement l’abeille domestique aux autres sources de protéines proposées2. Autrement dit, quand un rucher est à portée, il devient une ressource intéressante.
Les adultes écorcent aussi les rameaux de certains arbustes, comme le lilas, le frêne ou le bouleau, pour en lécher la sève. Ces annelures peuvent faire sécher les branches et sont parfois attribuées à tort aux écureuils7, 8.
Un chasseur aussi nocturne
Particularité rare chez les guêpes sociales : le frelon européen vole aussi au crépuscule et la nuit. Une étude suédoise a observé des ouvrières en vol par très faible lumière, sans trouver d’adaptation particulière de leurs yeux : c’est surtout leur grande taille qui leur permet de voir dans la pénombre3. La nuit, les frelons sont attirés par les éclairages extérieurs et les fenêtres éclairées7, 8.
Ce qui se passe au rucher
La chasse devant l’entrée
Une étude menée en octobre dans deux ruchers d’Italie centrale, de 27 et 41 colonies, a décrit le comportement du frelon européen face aux abeilles. Le frelon repère les butineuses qui rentrent, puis fond sur elles1. Les abeilles capturées servent à nourrir les larves du nid6.
Un prédateur modéré, sauf pour les colonies faibles
La même étude conclut que le frelon européen est un prédateur assez modéré des colonies saines, mais qu’il peut nuire sérieusement aux colonies affaiblies1. Au Royaume-Uni, les services sanitaires apicoles le jugent capable de s’attaquer aux colonies, mais en général dans une faible mesure9.
Les plus exposés sont les nucléis, les essaims récents, les colonies orphelines ou malades, et les ruches dont l’entrée est trop large pour être gardée.
Comment les abeilles se défendent
Les colonies saines ne sont pas démunies. Face aux frelons, les abeilles se massent en grappe dense à l’entrée de la ruche, ce qui dissuade probablement le frelon d’y pénétrer. Quand un frelon s’approche trop, des groupes d’abeilles s’agrippent à lui, le font tomber et l’enferment dans une boule d’abeilles. La chaleur produite fait monter sa température au-delà de sa limite létale, d’environ 44 °C ; le dioxyde de carbone et le venin pourraient aussi contribuer à sa mort1.
Cette défense collective demande beaucoup d’abeilles, ce qui aide à comprendre pourquoi les colonies affaiblies sont plus vulnérables.
Virus : un porteur possible, un rôle encore inconnu
Le frelon se nourrit d’abeilles et peut donc ingérer leurs virus. En Italie, le virus des ailes déformées (DWV) a été détecté chez deux jeunes reines de frelon européen, avec des signes de multiplication du virus ; l’une avait les ailes déformées4. En Hongrie, le DWV et le virus de la paralysie aiguë (ABPV) ont été trouvés chez des ouvrières de frelon européen, sans anomalie visible5.
Ces travaux portent sur très peu d’individus. Détecter un virus ne prouve ni qu’il se multiplie chez le frelon, ni que le frelon le transmet à d’autres colonies. Le rôle du frelon européen dans la circulation des virus de l’abeille reste donc une hypothèse à vérifier.
Le reconnaître : ne pas le confondre
Au rucher, la confusion la plus fréquente est avec le frelon asiatique. Le tableau ci-dessous résume les critères les plus utiles sur le terrain.
| Critère | Frelon européen (V. crabro) | Frelon asiatique (V. velutina) |
|---|---|---|
| Taille | Grand : 18 à 25 mm, reine jusqu’à 35 mm | Plus petit |
| Couleur dominante | Brun-roux et jaune | Très sombre, brun-noir |
| Abdomen | Majoritairement jaune à dessins noirs | Sombre, une seule large bande orangée |
| Pattes | Brun-roux | Extrémités jaunes |
| Chasse au rucher | Attaques ponctuelles sur les butineuses qui rentrent | Vol stationnaire répété face à l’entrée |
| Activité nocturne | Oui, au crépuscule et la nuit | Diurne |
| Nid | Cavité abritée (arbre creux, grenier, mur) | Nid secondaire souvent haut dans les arbres |
Pour une comparaison détaillée avec l’espèce invasive, voir la fiche Frelon asiatique.
Repérer un problème au rucher
Il n’y a pas de test de laboratoire à faire : le diagnostic est une observation. Pour évaluer la pression :
- Observer quelques minutes l’entrée des ruches, à plusieurs moments de la journée, en fin d’été et en automne. Noter l’espèce présente et le nombre de frelons.
- Repérer les ruches visées et comparer leur activité de vol à celle des autres colonies du rucher.
- Regarder au crépuscule si des frelons restent actifs devant les ruches ou près des lumières voisines.
- Chercher le nid, si la pression est forte, dans les cavités des alentours : arbres creux, bâtiments, nichoirs.
- Faire le point sur l’état des colonies attaquées : population, reine, réserves, varroa. Une colonie harcelée est souvent d’abord une colonie faible.
Réglementation
Le frelon européen n’est pas un danger sanitaire : il n’y a aucune déclaration obligatoire comme pour la loque américaine. Son statut juridique, en revanche, dépend du pays.
- France. Selon une réponse ministérielle de 2007, aucune espèce de guêpe ou de frelon ne figure parmi les espèces protégées au titre de la protection de la nature ; rien n’interdit donc de détruire un nid. Lorsqu’un nid pose un problème de sécurité publique, c’est le maire qui décide des mesures à prendre10.
- Allemagne. Le frelon européen est une espèce « particulièrement protégée » au titre de la réglementation fédérale sur la protection des espèces. Il est interdit de le capturer, de le blesser, de le tuer ou de détruire son nid ; tout enlèvement de nid exige une autorisation de l’autorité locale de protection de la nature6.
- Royaume-Uni. C’est la seule espèce de frelon indigène. Seul le frelon asiatique doit être signalé aux autorités9.
- Australie. L’espèce est absente et toute observation doit être signalée12.
Les règles varient d’un pays à l’autre, et parfois d’une région à l’autre : renseignez-vous localement avant toute intervention sur un nid.
Protéger les colonies sans détruire l’espèce
La protection repose sur les colonies, pas sur l’élimination des frelons. Les recommandations des services sanitaires britanniques, valables pour les guêpes et le frelon européen, vont dans ce sens9.
Garder des colonies fortes
Une colonie populeuse garde son entrée et pratique la défense en boule1. En fin d’été, on réunit les colonies faibles, après avoir vérifié leur état sanitaire9.
Réduire et protéger les entrées
- Poser des réducteurs d’entrée en fin d’été ou dès que les attaques commencent. En cas de pillage, réduire l’entrée à un seul passage d’abeille9.
- Les grilles anti-pillage, qui déplacent l’entrée tout en laissant l’ancienne visible, protègent aussi les nucléis9.
Limiter les attractions
- Nourrir le soir, sans renverser de sirop9.
- Ne pas laisser de ruches vides avec des cadres de cire accessibles, qui attirent les prédateurs et risquent de propager des maladies9.
- Près des bâtiments, éteindre les éclairages extérieurs inutiles en automne et ramasser les fruits tombés7.
Le piégeage : à éviter
Les pièges à guêpes ont peu de chances d’être efficaces et tuent de nombreux insectes indigènes utiles9. Contre le frelon européen, ils n’ont pas d’intérêt démontré.
Le nid : intervenir seulement si nécessaire
Un nid éloigné du rucher et des lieux de passage peut en général être laissé : il disparaîtra de lui-même à l’automne et ne sera pas réoccupé8. Le frelon européen n’est pas agressif loin de son nid ; il ne défend que ses abords6. Un nid dangereux, près d’une habitation ou d’un passage, relève d’un professionnel de la désinsectisation, ou en Allemagne d’un déplacement autorisé par l’autorité compétente6.
En pratique : ce que font les apiculteurs
Les études montrent un prédateur modéré pour les colonies saines. Voici comment les apiculteurs gèrent concrètement la présence du frelon européen au rucher.
Les gestes de base
- La plupart des apiculteurs commencent par identifier l’espèce présente devant les ruches, avant toute mesure.
- Ils surveillent en priorité les nucléis, les essaims de l’année et les colonies faibles en fin d’été.
- Les entrées sont réduites dès les premières attaques, et plus encore à l’approche de l’automne.
Les stratégies les plus courantes
- Renforcer plutôt que piéger : réunir les colonies faibles, remplacer les reines défaillantes, garder des colonies populeuses.
- Protéger les entrées des petites colonies avec un réducteur ou une grille anti-pillage.
- Laisser vivre les nids éloignés du rucher et des maisons, qui disparaissent d’eux-mêmes à l’automne.
Le matériel à avoir
- Réducteurs d’entrée adaptés à chaque modèle de ruche.
- Grilles anti-pillage pour les nucléis.
- Une lampe et un peu de patience pour observer les ruches au crépuscule.
- Une tenue complète en cas d’intervention près d’un nid.
La check-list de fin de saison
- Juillet-août : identifier les frelons présents ; repérer les colonies faibles.
- Août-septembre : réunir les colonies faibles après contrôle sanitaire ; réduire les entrées.
- Septembre-octobre : surveiller la pression, y compris au crépuscule ; protéger les nucléis.
- Automne : éviter les éclairages inutiles près du rucher ; vérifier les réserves avant l’hiver.
Les erreurs les plus fréquentes
- Le confondre avec le frelon asiatique et le détruire sans raison, alors qu’il s’agit d’une espèce indigène.
- Poser des pièges non sélectifs, qui tuent surtout d’autres insectes et n’ont pas d’effet démontré.
- Laisser des nucléis avec une entrée trop large en fin de saison.
- Accuser le frelon de la mort d’une colonie déjà affaiblie par le varroa, une reine défaillante ou un manque de réserves (voir Mortalités hivernales).
- S’approcher d’un nid ou tenter de le détruire soi-même, avec un risque de piqûres multiples.
- Ignorer la réglementation locale, notamment dans les pays où l’espèce est protégée.
Questions fréquentes
Le frelon européen est-il dangereux pour les abeilles ? Il capture des abeilles, surtout en fin d’été et en automne, mais les études le décrivent comme un prédateur modéré des colonies saines. Les colonies faibles et les nucléis sont les plus menacés1, 9.
Comment différencier le frelon européen du frelon asiatique ? Le frelon européen est plus grand, brun-roux et jaune, avec un abdomen majoritairement jaune et des pattes brun-roux. Le frelon asiatique est très sombre, avec une seule bande orangée sur l’abdomen et des extrémités de pattes jaunes.
Faut-il détruire un nid de frelon européen ? Pas forcément. Un nid éloigné des habitations et du rucher peut être laissé : la colonie meurt à l’automne et le nid n’est pas réutilisé. En France, la destruction n’est pas interdite ; en Allemagne, elle est soumise à autorisation6, 8, 10.
Pourquoi voit-on des frelons européens la nuit ? C’est l’une des rares guêpes sociales capables de voler par très faible lumière. Les frelons sont attirés par les éclairages extérieurs et les fenêtres éclairées3, 8.
La piqûre du frelon européen est-elle plus dangereuse que celle d’une abeille ? Elle est à peu près aussi douloureuse qu’une piqûre d’abeille, mais le frelon peut piquer plusieurs fois. Une réaction importante ou une piqûre chez une personne allergique demande une prise en charge médicale immédiate7.
Références
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