L’essentiel
- Prédateur invasif arrivé en Lot-et-Garonne vers 2004, présent aujourd'hui sur presque tout le territoire français.
- Le pire dégât est la paralysie du butinage : la colonie cesse de sortir et entre affaiblie en hiver.
- Les muselières réduisent fortement cette paralysie ; les harpes électriques complètent la protection.
- Le piégeage doit être ciblé et sélectif : les pièges bouteille capturent surtout d'autres insectes.
- Signalez les nids : leur destruction relève d'un professionnel et du plan départemental de lutte.
Le frelon asiatique à pattes jaunes, Vespa velutina nigrithorax, est une guêpe sociale originaire d’Asie, devenue en vingt ans l’un des principaux soucis des apiculteurs d’Europe de l’Ouest. Ce n’est pas une maladie : c’est un prédateur. Il chasse les abeilles devant les ruches, mais il fait surtout peur aux colonies, au point qu’elles cessent de butiner au moment où elles devraient constituer leurs réserves d’hiver1, 6.
Là où il est installé, l’éradication n’est plus envisageable : le plan national français vise désormais à limiter ses impacts4. Cette fiche décrit sa biologie, ses effets sur les colonies, les protections étudiées, la destruction des nids et le cadre légal.
Une invasion partie d’une seule reine
L’espèce a été introduite accidentellement en Lot-et-Garonne, où sa présence est connue depuis 2004, probablement avec des poteries importées de Chine4. Les analyses génétiques indiquent que l’invasion européenne descend de très peu de femelles, peut-être d’une seule reine fécondée par plusieurs mâles. L’origine la plus probable se situe dans l’est de la Chine, entre les provinces du Zhejiang et du Jiangsu. La population installée en Corée du Sud provient d’une introduction indépendante5.
Depuis, il a gagné presque toute la France et plusieurs pays voisins.
Biologie : un cycle annuel en quatre temps
Comme chez le frelon européen, seule la jeune reine fécondée passe l’hiver. Tout le reste de la colonie meurt à l’automne1.
- Sortie des fondatrices (fin d’hiver, printemps). Les reines quittent leur abri d’hivernage quand les températures remontent. Le plan national situe le pic de sortie autour de la mi-avril4. Chaque fondatrice construit seule un petit nid primaire, souvent abrité (abri de jardin, avant-toit, haie), et y élève ses premières larves. C’est la phase la plus fragile du cycle.
- Premières ouvrières (fin de printemps). Quand les premières ouvrières naissent, la fondatrice ne sort plus. La colonie déménage souvent vers un nid secondaire, beaucoup plus grand, fréquemment haut dans un arbre et caché par le feuillage jusqu’à l’automne.
- Croissance (été). Le nid secondaire s’agrandit en continu. Un nid peut compter plusieurs milliers d’individus à son maximum1. Les besoins en protéines des larves explosent, et la pression sur les ruchers devient forte.
- Production des sexués (fin d’été, automne). Le nid produit des mâles et des futures reines. Après l’accouplement, les jeunes reines fécondées partent hiverner isolées. Le nid se vide et n’est jamais réutilisé.
Ce qu’il mange
Les adultes se nourrissent surtout de liquides sucrés : nectar, fruits mûrs, miellat. Les proies qu’ils capturent servent à nourrir les larves, qui ont besoin de protéines. Le frelon asiatique est un chasseur généraliste : selon une étude menée en France, les abeilles domestiques représentent une part importante mais variable de ses proies selon les milieux, le reste comprenant surtout des mouches et d’autres hyménoptères11.
La chasse en vol stationnaire
Devant un rucher, les ouvrières adoptent un comportement typique : elles se placent en vol stationnaire à quelques dizaines de centimètres de l’entrée, face à la ruche, et guettent les butineuses chargées qui rentrent. Elles les saisissent en vol, se posent sur une branche voisine et ne rapportent au nid que le thorax, riche en muscles, sous forme de boulette1.
Pourquoi c’est grave pour les colonies
La paralysie du butinage
Le nombre d’abeilles tuées n’explique pas tout. Une étude menée en France a mesuré, près des ruches attaquées, deux phénomènes : des butineuses qui ne rentrent pas, et surtout une paralysie du butinage. Face aux frelons qui patrouillent, la colonie réduit, voire arrête, ses sorties. Les simulations de cette étude montrent que c’est cette paralysie, plus que la prédation directe, qui explique le mieux l’effondrement hivernal des colonies stressées6.
Moins de pollen et de nectar rentrés, c’est moins de couvain, moins d’abeilles d’hiver et des réserves entamées : la colonie entre en hiver trop petite (voir Mortalités hivernales).
Des pertes chiffrées
Les ruchettes, nucléis et colonies faibles sont les plus exposés. Un travail récent a estimé qu’en France, dans un scénario de forte prédation, les pertes liées au frelon pourraient atteindre près de 30 % du cheptel chaque année, et que le remplacement des colonies représenterait plus du quart des revenus tirés du miel10. Ce sont des projections pour les zones très touchées, pas des moyennes générales.
Le reconnaître et ne pas le confondre
Le frelon asiatique est plus petit que le frelon européen. Son corps mesure environ 2 à 2,5 cm13.
| Critère | Frelon asiatique (V. velutina) | Frelon européen (V. crabro) |
|---|---|---|
| Couleur générale | Très sombre, brun-noir | Roux, brun et jaune |
| Thorax | Brun-noir uniforme | Noir avec des marques rousses |
| Abdomen | Sombre, avec une seule large bande orangée sur le quatrième segment | Majoritairement jaune, avec des dessins noirs |
| Pattes | Extrémités jaunes | Brun-roux |
| Taille | Plus petit | Plus grand et plus massif |
| Chasse au rucher | Vol stationnaire répété devant l’entrée | Captures occasionnelles ; actif aussi la nuit |
| Nid | Primaire abrité, puis secondaire souvent haut dans les arbres | Le plus souvent dans une cavité : arbre creux, grenier, mur |
Le frelon européen est une espèce indigène, utile dans les écosystèmes. Il est souvent capturé par erreur dans les pièges non sélectifs8 : savoir les distinguer évite de le détruire inutilement.
Repérer une attaque et localiser les nids
Les signes d’une attaque au rucher sont faciles à reconnaître :
- plusieurs frelons en vol stationnaire devant les ruches, surtout en fin de matinée et l’après-midi ;
- activité de vol très réduite par beau temps, alors que des colonies non attaquées butinent.
Pour trouver le nid, on observe la direction prise par les frelons chargés de proies : ils repartent en ligne assez droite vers leur nid. En automne, la chute des feuilles révèle beaucoup de nids, souvent trop tard.
Cadre réglementaire
Union européenne
Vespa velutina nigrithorax figure depuis 2016 sur la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union2. Les États membres doivent mettre en place des mesures de gestion.
France
La loi n° 2025-237 du 14 mars 2025 prévoit un plan national de lutte, décliné en plans départementaux sous l’autorité des préfets, ainsi qu’un régime d’indemnisation des apiculteurs ayant subi des pertes économiques. Son décret d’application du 29 décembre 2025 précise comment ces plans sont adoptés et mis à jour3.
Le plan national, adopté par un arrêté du 9 septembre 2026, classe les départements en quatre niveaux selon la densité de nids détectés. Il fixe des recommandations sur le piégeage, la protection des ruchers et la destruction des nids, et prévoit de regrouper les signalements sur une plateforme unique hébergée par l’INPN4. Les plans départementaux doivent préciser localement la procédure de signalement et de destruction.
Le frelon n’est pas classé comme danger sanitaire : pas de déclaration obligatoire comme pour la loque américaine. Les appâts carnés imbibés d’insecticide sont formellement interdits4.
Présence dans le monde
Hors de son aire d’origine asiatique, le frelon asiatique est présent, selon l’OEPP, en France, en Espagne, au Portugal, en Italie, en Belgique, aux Pays-Bas, au Luxembourg, en Suisse, en Allemagne et dans les îles Anglo-Normandes. Au Royaume-Uni, où l’OEPP le classe comme transitoire, les incursions sont traitées comme des foyers à éliminer12 ; toute observation doit y être signalée aux autorités. Les règles varient d’un pays à l’autre. En Asie, il est invasif en Corée du Sud et présent localement au Japon. Aux États-Unis, un premier nid a été détecté à Savannah, en Géorgie, en 202313.
Se protéger : ce que disent les études
Aucune méthode ne suffit seule. Il faut combiner protection des ruches, colonies fortes et lutte collective contre les nids.
Muselières et réduction des entrées
La muselière est une cage grillagée, ou un tube, placée devant l’entrée. Les abeilles passent à travers ; le frelon ne peut plus chasser au ras de la planche d’envol. Dans un essai comparant 22 paires de colonies en France, la muselière a fortement réduit la paralysie du butinage, sans réduire les pertes de butineuses en vol. Les simulations associées montrent un gain de survie important pour les colonies sous forte pression7. C’est la méthode de base, sans effet sur les autres insectes.
Le plan national recommande aussi de réduire les entrées, au plus étroit à partir d’octobre4.
Harpes électriques
La harpe est un cadre de fils électrifiés placé près des ruches. Les frelons qui patrouillent touchent les fils et tombent dans un bac. Une étude de 2023 les juge efficaces et sélectives contre les ouvrières qui chassent devant les ruches9. Le plan national les recommande en complément des muselières, à raison d’environ une harpe pour cinq ruches4. Elles demandent une alimentation électrique et une surveillance.
Piégeage : utile seulement s’il est ciblé
Le piégeage est le point le plus discuté. Une étude en Espagne sur des pièges appâtés au printemps a montré que le frelon asiatique représentait moins de 1 % des insectes capturés. Pour un frelon piégé, les pièges tuaient en moyenne plus d’une centaine d’autres insectes, surtout des mouches. Les auteurs concluent que cette méthode, seule, n’est pas efficace8.
Le plan national retient donc un piégeage encadré4 :
- au printemps, contre les fondatrices, pendant deux mois au plus autour du pic de mi-avril, en commençant quand les températures dépassent 12 °C, près des ruchers et des floraisons attractives ;
- d’août à fin novembre, uniquement sur les ruchers sous forte pression ;
- avec des pièges à sélection physique, qui laissent sortir les petits insectes, et des appâts sucrés sans miel ni cire ;
- en évitant les pièges bouteille, cloche ou bocal.
L’effet du piégeage printanier sur le nombre de nids de l’été reste débattu : c’est une mesure d’appoint.
Renforcer les colonies
Une colonie populeuse défend mieux son entrée. En zone exposée, on réunit les colonies faibles avant la fin de l’été.
Destruction des nids
Elle est utile du printemps à l’automne, idéalement avant que le nid ne libère ses futures reines. Le plan national indique qu’après le départ des fondatrices, autour du 15 novembre à titre indicatif, détruire un nid n’a plus d’intérêt4.
- Qui ? Un désinsectiseur professionnel ou un référent formé.
- Comment ? Les nids primaires peuvent être détruits mécaniquement ou par le froid. Les nids secondaires sont traités à l’aide de perches télescopiques ou de drones, qui injectent un biocide ou de la vapeur d’eau. Le plan conseille les pyrèthres naturels sans butoxyde de pipéronyl ou la terre de diatomée, proscrit la perméthrine et déconseille les tirs de billes de peinture4.
- Comment signaler ? Auprès de la mairie ou de la plateforme de signalement indiquée dans votre département. Le plan départemental précise la procédure et, selon les territoires, la prise en charge des frais.
En pratique : ce que font les apiculteurs
Les études fixent le cadre. Voici comment les apiculteurs organisent concrètement la lutte contre le frelon asiatique, au fil de la saison.
Au printemps : piéger peu, mais bien
- Beaucoup d’apiculteurs posent quelques pièges sélectifs près de leurs ruchers dès que les fondatrices sortent, et les retirent au bout de quelques semaines.
- Il est courant de relever les pièges souvent pour libérer les insectes non ciblés.
- Les nids primaires repérés dans les abris de jardin ou les bâtiments sont signalés et détruits tôt, quand ils sont petits.
De l’été à l’automne : protéger les entrées
- Les muselières sont posées dès que les premiers frelons apparaissent devant les ruches, en priorité sur les ruchettes et les nucléis.
- Dans les ruchers les plus exposés, une ou plusieurs harpes électriques complètent les muselières.
- Les colonies faibles sont réunies, les réserves vérifiées, et un nourrissement est prévu si la paralysie a empêché les rentrées.
- Les entrées sont réduites à l’approche de l’automne.
- Toute la saison, la plupart des apiculteurs signalent chaque nid trouvé à la mairie ou à la plateforme départementale.
Le matériel à avoir
- Muselières grillagées ou réducteurs d’entrée adaptés à chaque type de ruche.
- Une ou plusieurs harpes électriques pour les ruchers très exposés, avec leur alimentation.
- Quelques pièges à sélection physique et des appâts sucrés sans miel ni cire.
- Des jumelles pour repérer les nids dans les arbres.
La check-list annuelle
- Mars-avril : pièges sélectifs près des ruchers ; surveillance des abris pour repérer les nids primaires.
- Mai-juin : retrait des pièges de printemps ; signalement des nids trouvés.
- Juillet : pose des muselières sur les colonies faibles, puis sur l’ensemble du rucher dès les premières attaques.
- Août-octobre : harpes en place si la pression est forte ; contrôle des réserves ; réunion des colonies faibles.
- Octobre-novembre : entrées réduites ; signalement des nids révélés par la chute des feuilles.
Les erreurs les plus fréquentes
- Utiliser des pièges bouteille non sélectifs, posés partout et toute l’année : ils tuent surtout des mouches, des papillons et d’autres pollinisateurs.
- Mettre du miel ou de la cire dans les appâts, qui attirent les abeilles et diffusent des maladies.
- Poser les muselières trop tard, quand la colonie est déjà paralysée et a perdu ses butineuses.
- Compter seulement sur le piégeage et négliger la protection des entrées.
- Détruire soi-même un nid en hauteur, avec un risque grave de piqûres multiples et de chute.
- Faire détruire un nid en décembre, alors que les futures reines l’ont déjà quitté.
- Confondre frelon européen et frelon asiatique, et détruire une espèce indigène sans raison.
Questions fréquentes
Les muselières gênent-elles les abeilles ? Elles ralentissent un peu la circulation à l’entrée, mais les abeilles s’y habituent vite. L’étude française qui les a testées montre qu’elles réduisent fortement la paralysie du butinage7.
Un nid vide en hiver est-il dangereux ? Non. Un nid découvert en plein hiver est en général abandonné : les reines l’ont quitté pour hiverner ailleurs, et il ne sera pas réoccupé. Le détruire n’a plus d’intérêt pour la lutte.
Le frelon asiatique est-il plus dangereux pour l’homme que le frelon européen ? Loin de son nid, il n’est pas agressif. Près du nid, il défend sa colonie et peut piquer en groupe. Les personnes allergiques doivent redoubler de prudence.
Qui paie la destruction des nids ? Cela dépend du département et de la commune. La loi de 2025 et le plan national prévoient un financement public de la lutte, mais les modalités de prise en charge sont fixées localement : renseignez-vous auprès de votre mairie3, 4.
Références
- Monceau K., Bonnard O., Thiéry D. (2014). Vespa velutina : a new invasive predator of honeybees in Europe. Journal of Pest Science 87 : 1-16. doi.org
- Règlement d'exécution (UE) 2016/1141 adoptant la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l'Union. eur-lex.europa.eu
- Loi n° 2025-237 du 14 mars 2025 visant à endiguer la prolifération du frelon asiatique à pattes jaunes et à préserver la filière apicole ; décret n° 2025-1377 du 29 décembre 2025. assemblee-nationale.fr
- Plan national de lutte contre le frelon asiatique à pattes jaunes (annexe à l'arrêté du 9 septembre 2026). aida.ineris.fr
- Arca M., Mougel F., Guillemaud T., Dupas S., Rome Q., Perrard A. et al. (2015). Reconstructing the invasion and the demographic history of the yellow-legged hornet, Vespa velutina, in Europe. Biological Invasions 17(8) : 2357-2371. doi.org
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- USDA APHIS. Yellow-legged hornet (détection aux États-Unis, identification). aphis.usda.gov
- USGS Bee Inventory and Monitoring Lab. Vespa crabro, femelle, vue latérale (domaine public). usgs.gov