L’essentiel
- Trois virus apparentés de la famille des Dicistroviridae : ABPV, KBV et IAPV.
- Discrets sans varroa, ils deviennent très mortels quand l'acarien les injecte aux nymphes.
- Abeilles tremblantes qui meurent vite, colonie qui fond en fin d'été ou en automne.
- Seule une analyse PCR identifie le virus : les symptômes ne suffisent pas.
- Aucun traitement n'existe : la prévention repose sur la maîtrise du varroa.
Les virus du complexe de la paralysie aiguë figurent parmi les agents les plus mortels pour l’abeille mellifère. Dans une colonie peu parasitée, ils circulent le plus souvent à bas bruit, sans symptôme visible. Mais lorsqu’ils sont injectés directement dans les nymphes par le varroa, quelques particules suffisent à tuer : une colonie peut alors s’effondrer en quelques semaines, à la fin de l’été ou en automne1.
Le complexe réunit trois virus très proches : le virus de la paralysie aiguë (ABPV), le virus de l’abeille du Cachemire (KBV) et le virus israélien de la paralysie aiguë (IAPV), associé en 2007 au syndrome d’effondrement des colonies (CCD) aux États-Unis. Cette fiche explique comment les reconnaître, les distinguer d’autres causes de mortalité et les prévenir par la maîtrise du varroa.
Les agents : trois virus d’une même famille
Des Dicistroviridae
L’ABPV, le KBV et l’IAPV sont de petits virus à ARN simple brin, sans enveloppe, de la famille des Dicistroviridae. Leur génome porte deux cadres de lecture successifs, d’où le nom de la famille : l’un code les protéines de réplication, l’autre les protéines de la capside2, 8. Ils sont classés dans le genre Aparavirus. Ils sont si proches que des recombinaisons entre souches ont été décrites1, 5.
Malgré un nom et des symptômes voisins, ils n’ont rien à voir avec le virus de la paralysie chronique (CBPV), qui appartient à un tout autre groupe.
Trois découvertes, trois histoires
- ABPV. Il a été décrit en Angleterre en 1963 par Bailey et ses collègues, à Rothamsted, au cours d’expériences sur la paralysie chronique. Injecté à des abeilles saines, il les tuait beaucoup plus vite que le virus chronique, d’où son nom4, 1.
- KBV. Il a été identifié au milieu des années 1970 à partir de matériel provenant de l’abeille asiatique Apis cerana, originaire du Cachemire et d’Inde1.
- IAPV. Il a été purifié en 2002 à partir d’abeilles mortes en Israël, puis caractérisé et publié en 20071, 5.
Une répartition mondiale, mais inégale
Les trois virus sont présents sur la plupart des continents, même si les données restent lacunaires pour une partie de l’Afrique, de l’Asie centrale et de l’Amérique du Sud. Selon la synthèse de référence, l’ABPV est le plus fréquent en Europe, le KBV est surtout signalé en Amérique du Nord et en Nouvelle-Zélande, et l’IAPV a d’abord été associé au Moyen-Orient et à l’Australie1. En France, une étude nationale menée au début des années 2000 a détecté l’ABPV dans de nombreux ruchers, avec une nette augmentation au fil de la saison11.
L’IAPV et le syndrome d’effondrement des colonies
En 2007, une équipe américaine a analysé par métagénomique les micro-organismes de colonies touchées par le CCD, où les ruches se vident de leurs adultes sans cadavres visibles. Parmi tous les agents détectés, l’IAPV était celui dont la présence était la plus fortement corrélée aux colonies malades6. Les auteurs le présentaient comme un marqueur du CCD, non comme sa cause démontrée.
Les travaux suivants ont nuancé ce résultat :
- L’IAPV était déjà présent aux États-Unis avant l’apparition du CCD, et il s’est installé durablement dans les populations d’abeilles8.
- L’étude descriptive du CCD publiée en 2009 n’a pas retrouvé de pathogène unique expliquant le syndrome. Elle a surtout montré que les abeilles des colonies effondrées portaient davantage de pathogènes à la fois, et en plus grande quantité, ce qui oriente vers une interaction entre maladies et autres facteurs de stress7.
- Une synthèse de 2014 conclut que l’IAPV n’est pas associé de façon constante au CCD, mais que sa capacité à augmenter la mortalité des abeilles est, elle, bien établie8.
Le CCD est aujourd’hui généralement considéré comme multifactoriel ; l’IAPV peut y jouer un rôle aggravant sans résumer le phénomène.
Comment ces virus se transmettent
Le varroa, principal amplificateur
Le varroa est un vecteur efficace des trois virus. Les études de transmission montrent qu’il fait passer l’ABPV d’abeille à abeille avec une grande efficacité, sans que le virus semble se multiplier dans l’acarien lui-même1. Pour l’IAPV, des expériences ont montré que des abeilles exposées à des varroas porteurs du virus s’infectent, et que la charge virale augmente ensuite chez l’abeille9.
Le mode d’infection change tout. Par la voie orale, il faut des doses massives de virus pour tuer une abeille. Par injection dans l’hémolymphe, ce que fait le varroa en se nourrissant, moins d’une centaine de particules suffisent à provoquer la mort en quelques jours1. Le varroa transforme ainsi une infection discrète en infection mortelle.
Les autres voies
- Alimentation et contacts. Les virus sont retrouvés dans les fèces, la gelée royale, le miel, le pollen et les glandes hypopharyngiennes des nourrices. Ils circulent donc par les échanges de nourriture, le nourrissement des larves et le cannibalisme du couvain1, 8.
- Transmission verticale. L’IAPV a été détecté dans les œufs, les larves et les ovaires de reines, l’ABPV dans le sperme des mâles : la reine peut transmettre le virus à sa descendance1, 8.
- Entre colonies. Pillage, dérive et échanges de cadres déplacent à la fois virus et varroas.
Pourquoi c’est grave
Sans varroa, ces virus persistent à bas bruit. Avec lui, tout change. La population d’acariens culmine en fin d’été, au moment où la colonie élève ses abeilles d’hiver. Les charges virales augmentent elles aussi au fil de la saison : l’ABPV tend à culminer en fin d’été, le KBV plutôt en automne1, 11.
Les nymphes infectées meurent dans leur cellule ou naissent condamnées. La colonie perd ses jeunes abeilles plus vite qu’elle ne les remplace, attire les pillardes et s’éteint avant l’hiver, ou y entre trop faible pour survivre.
L’ABPV a été fortement impliqué dans les pertes de colonies liées au varroa en Europe dans les années 1980 et 19901. Plus récemment, le grand suivi allemand des colonies a montré qu’une infection à ABPV détectée en automne était significativement associée à la mort de la colonie pendant l’hiver suivant, la plupart du temps en présence d’une forte infestation de varroas10.
Reconnaître la maladie
Les symptômes
Les signes sont peu spécifiques et passent souvent inaperçus.
- Abeilles qui tremblent, incapables de voler, qui rampent devant la ruche, puis meurent en quelques jours.
- Chez les abeilles atteintes, perte progressive des poils du thorax et de l’abdomen, qui prennent un aspect sombre et luisant (décrit pour l’ABPV et l’IAPV)1.
- Couvain clairsemé, nymphes mortes dans leurs cellules, parfois sans lésion caractéristique.
- Fonte rapide de la population en fin d’été ou en automne, souvent avec des réserves présentes.
- Le plus souvent, des signes de varroase associés : ailes déformées, couvain en mosaïque.
Contrairement à la paralysie chronique, on observe rarement des tas d’abeilles paralysées devant la ruche. La maladie évolue si vite de la paralysie à la mort que les abeilles malades n’ont pas le temps de s’accumuler1.
Ne pas confondre
| Critère | Paralysie aiguë (ABPV, KBV, IAPV) | Paralysie chronique (CBPV) | Intoxication |
|---|---|---|---|
| Évolution | Rapide ; fonte de la colonie en quelques semaines | Plus lente ; paralysie plus durable | Brutale, en quelques heures à jours |
| Saison typique | Fin d’été, automne | Printemps, été | Traitements agricoles, floraisons |
| Abeilles mortes | Peu visibles, dispersées | Tas d’abeilles tremblantes devant la ruche | Nombreux cadavres d’un coup, devant plusieurs ruches |
| Abeilles noires et dépilées | Possible | Fréquent | Rare |
| Lien avec le varroa | Très fort | Faible | Aucun |
| Ruches touchées | Les plus infestées | Une ou quelques colonies | Souvent tout le rucher |
| Confirmation | PCR | PCR | Analyse toxicologique |
Une famine ou une nosémose peuvent aussi donner des abeilles traînantes. Seul le laboratoire tranche.
Le diagnostic
Ce que l’on peut faire au rucher
- Mesurer l’infestation de varroas par lavage ou au sucre glace. Une infestation élevée en fin d’été rend la piste virale très probable.
- Observer le couvain : nymphes mortes, opercules percés, ailes déformées chez les jeunes abeilles.
- Comparer les colonies du rucher : un effondrement limité aux colonies les plus infestées oriente vers les virus ; une mortalité simultanée de tout le rucher oriente vers une intoxication.
L’analyse de laboratoire
Le diagnostic repose sur la RT-PCR, le plus souvent en temps réel (RT-qPCR), qui détecte et quantifie l’ARN viral dans un échantillon d’abeilles1.
Deux précautions d’interprétation :
- Ces virus étant très répandus, un résultat positif ne prouve pas à lui seul qu’ils ont causé la mort. C’est la charge virale élevée chez des abeilles malades qui est significative.
- Les trois virus étant proches, il faut des amorces spécifiques : certaines amorces anciennes pour le KBV détectaient aussi les autres virus du complexe1.
On prélève de préférence des abeilles vivantes symptomatiques, conservées selon les consignes du laboratoire ; les cadavres anciens se prêtent mal à l’analyse.
Réglementation
En France, les virus de la paralysie aiguë ne sont pas des maladies réglementées : leur détection n’entraîne aucune mesure de police sanitaire. En revanche, toute mortalité massive et brutale d’abeilles est à signaler aux services vétérinaires de l’État (DDPP ou DDETSPP), notamment pour écarter une intoxication.
Dans plusieurs régions, l’Observatoire des mortalités et des affaiblissements de l’abeille mellifère (OMAA) propose un guichet unique : l’apiculteur appelle un numéro régional, et son signalement est orienté vers le dispositif adapté, qu’il s’agisse d’une maladie réglementée, d’une mortalité massive aiguë ou d’un affaiblissement12. Le statut de ces virus et les procédures de signalement varient selon les pays.
Prévention et conduite à tenir
Pas de traitement
Il n’existe aucun médicament autorisé contre ces virus. Des approches par ARN interférent ont donné des résultats expérimentaux contre l’IAPV8, mais elles ne constituent pas un traitement disponible pour l’apiculteur.
Maîtriser le varroa
C’est la mesure décisive. Toute la prévention de la paralysie aiguë consiste à empêcher le varroa d’atteindre des niveaux élevés au moment où naissent les abeilles d’hiver1, 10 : compter avant et après le traitement d’été, traiter tôt après la dernière récolte avec un médicament autorisé selon la notice, traiter tout le rucher en même temps, puis réaliser un traitement hivernal hors couvain. Le détail figure dans la fiche Varroa.
Limiter la propagation
Les bonnes pratiques apicoles générales complètent la lutte contre le varroa3 :
- Réduire les entrées en fin de saison et éviter tout ce qui déclenche le pillage.
- Fermer rapidement les colonies mortes ou mourantes, sources de virus et de varroas.
- Ne pas déplacer de cadres d’une colonie malade vers une colonie saine.
- Renouveler les reines des colonies chroniquement faibles et privilégier des lignées hygiéniques.
- Assurer une bonne nutrition des abeilles d’hiver.
Pour les règles générales d’hygiène, voir Biosécurité au rucher et Désinfection du matériel.
En pratique : ce que font les apiculteurs
Un effondrement brutal en fin d'été est une situation fréquente et éprouvante. Voici la démarche que suivent la plupart des apiculteurs pour comprendre ce qui se passe et sauver ce qui peut l'être.
Les premiers gestes
- Compter tout de suite les varroas, sur la colonie touchée et ses voisines : c’est l’information la plus utile.
- Regarder le couvain et les jeunes abeilles : ailes déformées, nymphes mortes, opercules percés.
- Vérifier les réserves pour écarter une famine.
- Faire le tour du rucher : une colonie, les plus infestées, ou tout le rucher d’un coup ?
- Noter les dates, les observations, les derniers traitements et les travaux agricoles voisins.
Prélever et signaler
- Il est courant de prélever des abeilles vivantes présentant des symptômes, de les mettre au congélateur dans un sachet étiqueté, puis de contacter un vétérinaire ou un laboratoire avant l’envoi.
- En cas de mortalité massive touchant plusieurs colonies en même temps, les apiculteurs signalent sans attendre aux services vétérinaires ou au guichet régional, surtout si une intoxication est possible.
- Beaucoup font appel à leur groupement sanitaire ou à un technicien sanitaire apicole.
Sauver les colonies restantes
- Traiter contre le varroa les colonies encore fortes, si ce n’est pas déjà fait ou si le comptage montre un traitement inefficace.
- Réunir les colonies faibles mais saines, pour qu’elles entrent en hiver avec assez d’abeilles.
- Ne pas réunir une colonie qui présente des symptômes : on contamine la colonie receveuse.
- Fermer et retirer les ruches mortes, et mettre leurs cadres de côté jusqu’au diagnostic.
Préparer l’hivernage et l’année suivante
- Vérifier reine, population et réserves de chaque colonie, puis prévoir le traitement hivernal hors couvain.
- Revoir le calendrier varroa : un effondrement de fin d’été traduit le plus souvent un traitement trop tardif ou inefficace.
Le matériel utile
Bocal et tamis de comptage, sachets et étiquettes pour les prélèvements, glacière, réducteurs d’entrée, registre d’élevage.
Check-list express
- Comptage de varroas sur la colonie touchée et ses voisines.
- Examen du couvain, des jeunes abeilles et des réserves.
- Prélèvement d’abeilles vivantes symptomatiques, congelées et étiquetées.
- Signalement si la mortalité est massive ou touche plusieurs colonies.
- Traitement des colonies restantes, réunion des colonies faibles et saines.
- Fermeture et retrait des ruches mortes.
- Bilan et révision du calendrier varroa pour la saison suivante.
Les erreurs les plus fréquentes
- Chercher un traitement antiviral au lieu de compter et de traiter les varroas.
- Traiter trop tard, en septembre ou en octobre, quand les abeilles d’hiver sont déjà infectées.
- Conclure à une intoxication sans avoir compté les varroas, ou l’inverse.
- Réunir une colonie malade avec une colonie saine.
- Laisser des ruches mortes ouvertes au pillage.
- Interpréter une PCR positive comme la preuve d’une cause de mortalité, sans tenir compte de la charge virale et du contexte.
Questions fréquentes
Mes abeilles tremblent devant la ruche : est-ce la paralysie aiguë ou la paralysie chronique ? On ne peut pas trancher à l’œil. Des tas d’abeilles noires et tremblantes au printemps ou en été évoquent plutôt la paralysie chronique ; une colonie très infestée qui se vide en fin d’été, plutôt la paralysie aiguë. Seule une PCR confirme.
Le virus israélien est-il la cause du CCD ? Non, pas à lui seul. Il a été fortement associé aux colonies touchées en 2007, mais les études suivantes n’ont pas confirmé un lien constant. Le CCD est aujourd’hui considéré comme multifactoriel.
Peut-on sauver une colonie atteinte ? Rarement si l’effondrement est avancé. L’effort se porte surtout sur les colonies voisines encore saines.
Faut-il détruire le matériel d’une colonie morte de paralysie aiguë ? Non. Nettoyez le matériel et vérifiez qu’aucune autre maladie, notamment une loque, n’est en cause avant de réutiliser les cadres.
Le miel d’une colonie atteinte est-il consommable ? Ces virus d’insectes ne présentent pas de risque pour l’être humain. En revanche, ne donnez pas ces réserves à d’autres colonies.
Références
- de Miranda J.R., Cordoni G., Budge G. (2010). The Acute bee paralysis virus-Kashmir bee virus-Israeli acute paralysis virus complex. Journal of Invertebrate Pathology 103 : S30-S47. doi.org
- Chen Y.P., Siede R. (2007). Honey bee viruses. Advances in Virus Research 70 : 33-80. doi.org
- FAO, IZSLT, Apimondia, CAAS (2021). Bonnes pratiques apicoles pour une apiculture durable. FAO, Lignes directrices Production et santé animales n° 25.
- Bailey L., Gibbs A.J., Woods R.D. (1963). Two viruses from adult honey bees (Apis mellifera Linnaeus). Virology 21(3) : 390-395. doi.org
- Maori E., Lavi S., Mozes-Koch R., Gantman Y., Peretz Y., Edelbaum O., Tanne E., Sela I. (2007). Isolation and characterization of Israeli acute paralysis virus, a dicistrovirus affecting honeybees in Israel : evidence for diversity due to intra- and inter-species recombination. Journal of General Virology 88(12) : 3428-3438.
- Cox-Foster D.L., Conlan S., Holmes E.C., Palacios G., Evans J.D., Moran N.A. et al. (2007). A metagenomic survey of microbes in honey bee colony collapse disorder. Science 318(5848) : 283-287. doi.org
- vanEngelsdorp D., Evans J.D., Saegerman C., Mullin C., Haubruge E., Nguyen B.K. et al. (2009). Colony collapse disorder : a descriptive study. PLoS ONE 4(8) : e6481. doi.org
- Chen Y.P., Pettis J.S., Corona M., Chen W.P., Li C.J., Spivak M. et al. (2014). Israeli acute paralysis virus : epidemiology, pathogenesis and implications for honey bee health. PLoS Pathogens 10(7) : e1004261. doi.org
- Di Prisco G., Pennacchio F., Caprio E., Boncristiani H.F. Jr., Evans J.D., Chen Y. (2011). Varroa destructor is an effective vector of Israeli acute paralysis virus in the honeybee, Apis mellifera. Journal of General Virology 92(1) : 151-155.
- Genersch E., von der Ohe W., Kaatz H., Schroeder A., Otten C., Büchler R. et al. (2010). The German bee monitoring project : a long term study to understand periodically high winter losses of honey bee colonies. Apidologie 41(3) : 332-352. doi.org
- Tentcheva D., Gauthier L., Zappulla N., Dainat B., Cousserans F., Colin M.E., Bergoin M. (2004). Prevalence and seasonal variations of six bee viruses in Apis mellifera L. and Varroa destructor mite populations in France. Applied and Environmental Microbiology 70(12) : 7185-7191. doi.org
- Plateforme ESA, groupe de suivi OMAA (2022). L'Observatoire des mortalités et des affaiblissements de l'abeille mellifère (OMAA) : un système de surveillance innovant. plateforme-esa.fr